Quand La Bande Dessinée Parle De Politique

Le journaliste

David Servenay enquête depuis des années sur la mort du juge Borrel à Djibouti en 1995. Pendant des années, sa mort a été présentée comme un suicide. Cet été, un nouveau rapport d’expert a confirmé la thèse de son assassinat. David Servenay, qui a toujours soutenu cette thèse, vient de sortir

Une Affaire d’états

(Soleil), synthèse en BD de ses années d’enquête. "Quand on évoque aujourd’hui l’affaire Borrel, il y a plein de gens qui ignorent de quoi on parle. Ce livre utilise la BD pour essayer de raconter au mieux une affaire assez complexe", explique le journaliste. "En quelques pages, grâce au travail de Thierry Martin, on arrive à résumer précisément et simplement les principaux résultats de l’enquête et les faits".

Que ce soit dans Tintin ou dans Valérian, la BD a toujours parlé de politique. Selon David Servenay, le véritable "tournant a été pris au moment des premiers albums sur Sarkozy, puis de Quai d’Orsay". Depuis ces succès de librarie, les BD se penchant sur les histoires secrètes de l’Etat ont fleuri. Parmi celles-ci, citons notamment Cher pays de notre enfance, une enquête sur les années de plomb de la Vᵉ République, et La Présidente, une BD de politique-fiction sur Marine Le Pen. La BD peut-elle avoir un impact sur le débat politique? À la fin d’Une Affaire d’états, un texte interpelle Emmanuel Macron. "Je ne sais pas s’il va répondre, mais je pense qu’il pourra difficilement faire l’impasse", dit David Servenay, avant d'ajouter, un brin pessimiste: "Et en même temps, je ne suis pas sûr qu’il puisse faire grand chose..."

Une affaire d'Etats, David Servenay (scénario), Thierry Martin (dessin), Soleil, Noctambules, 88 pages, 17,95 euros.

Le Député - Al Coutelis & Xavier Cucuel

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Al Coutelis Xavier Cucuel Bamboo 2017 - "Le député"

Après les journalistes, place aux hommes politiques. Si François Hollande a accepté d’être suivi par les dessinateurs

Mathieu Sapin et

Louison, Jean-Louis Debré a livré au scénariste Xavier Cucuel de nombreuses anecdotes sur l’Assemblée nationale pour son album

>Le Député, dessiné par Al Coutelis. "L’album n’aurait pas existé sans Jean-Louis Debré", prévient d’emblée le scénariste: "il nous a donné toutes les clefs, comme la façon dont un député vit à l’Assemblée ou se fait remarquer pour passer à la TV et se maquille dix minutes avant la fin d’une séance." Debré a fait visiter à Coutelis et à Cucuel les coulisses de l’Assemblée: la buvette, les cuisines… 

Le personnage principal, un médecin de Gironde député sans étiquette, n’est "pas du tout" inspiré par Debré. Celui-ci a tout de même aidé le duo pour écrire le personnage. "A l’Assemblée, être sans étiquette, c’est un calvaire", explique Xavier Cucuel. "Jean-Louis Debré m’a dit que si on voulait rendre le personnage vraiment intéressant, il fallait qu’il ait plein de problématiques à gérer en tant que député. Dans le bassin de la Gironde, il y a à la fois les ostréiculteurs et les agriculteurs, on est proche de la mer, de la campagne et des Pyrénées". Selon Xavier Cucuel, sa BD lui a permis "de mélanger fiction et réalité et d’aborder des choses dont l’on ne pourrait pas forcément parler dans la réalité", comme les surnoms des personnalités politiques. "C’est au lecteur de dénouer le vrai du faux", conclut-il. 

Le Député, Xavier Cucuel (scénario), Al Coutelis (dessin et couleur), Bamboo, Grand Angle, 152 pages, 21,90 euros.

> Deux hommes en guerre - Claude Moniquet, Desberg & Jef

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Claude Moniquet Desberg Jef Le Lombard 2017 - "Deux hommes en guerre"

Claude Moniquet, ex-agent de la DGSE et expert en terrorisme, s’est lui aussi amusé à tricoter une intrigue où le vrai et le faux s’imbriquent habilement. Pour sa première BD en tant que scénariste, >Deux hommes en guerre, il raconte l’histoire de Jacques Dufeutel, un homme politique rattrapé par des affaires judiciaires alors qu’il entame une campagne présidentielle. Si l’histoire peut sembler familière, elle ne s’inspire pas de Nicolas Sarkozy ou de François Fillon: "Quand on voit un homme politique dynamique, qui bouscule un peu les codes, ça évoque Sarkozy, mais aussi le jeune Chirac. Dufeutel, c’est une synthèse de plusieurs hommes politiques contemporains. C’est une icône, un symbole". 

Pour écrire Deux hommes en guerre, Claude Moniquet a été aidé par Desberg, un pro du thriller politique. Moniquet a développé les personnages, leurs biographies. Il s’est assuré que tout soit vrai. "Tout ce que l’on décrit peut se passer ou peut-être s’est passé, mais pas forcément en France", dit-il malicieusement. Il concède s’être inspiré de l’affaire des frégates de Taïwan qui s’est soldé par une vingtaine de morts en 1991, mais aussi de contrats sur des équipements militaires qu’il a vu dans les pays du Golfe: "Je n’ai pas beaucoup été sur ces affaires-là, mais j’ai un peu travaillé sur l'armement. Je connais pas mal de protagonistes, je connais leurs méthodes, je sais comment ils travaillent". Autant de connaissances qui nourrissent ce diptyque, dont le deuxième tome est actuellement en cours de fabrication.

Deux hommes en guerre, tome 1: le ministre et l'espion, Claude Moniquet et Stephen Desberg (scénario) et Jef (dessin), Le Lombard, 56 pages, 12 euros.

La Revue dessinée #17

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François Roca La Revue dessinée 2017 -

A la rentrée 2017,

>La Revue dessinée, trimestriel proposant des reportages en BD, a dévoilé pour son 17ème numéro une nouvelle maquette, avec une couverture de

François Roca représentant Emmanuel Macron en chauffeur Uber. "On essaye désormais de lier la couverture à un air du temps", explique

Amélie Mougey, rédactrice en chef. Leur inspiration est une déclaration de Macron sur Uber publié sur le site

Médiapart en novembre 2016: "Notre défaite collective, c'est que les quartiers où Uber embauche, c'est des quartiers où nous, on ne sait rien leur offrir [...] La vérité, c'est qu'en effet, ils travaillent parfois 60 ou 70 heures pour toucher le Smic. Mais ils rentrent dans la dignité".

Selon Amélie Mougey, il était important que La Revue dessinée s’arrête sur ces propos: "c’est un président qui prend position pour une forme de travail qui n’est pas le salariat", précise-t-elle, en ajoutant: "cette couverture nous permet aussi de réagir à l’élection présidentielle et de nous inscrire comme des observateurs du quinquennat à venir". "C’est aussi une manière de se moquer de nos confrères qui ont archi abusé des couvertures sur Macron", glisse

Franck Bourgeron, créateur de La Revue dessinée, avant de poursuivre: "il faut considérer la BD comme un vocabulaire, une grammaire qui s’évertue de pouvoir expliquer dans des registres différentes un phénomène. La politique, c’est du pain béni pour la BD". Amélie Mougey conclut: "Les hommes politiques font de très bons personnages de BD: ils ont du charisme et des histoires".

La Revue dessinée, 228 pages, 15 euros.


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Source : http://www.bfmtv.com/culture/quand-la-bande-dessinee-parle-de-politique-1275288.html

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