Le Rituel Des 100 Jours Ou Le Culte De La Personnalit

Qu’est-ce qu’il y a au-delà du triomphe? Xi Jinping s’en fera une idée durant le 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui s’ouvre aujourd’hui à Pékin pour une semaine. Cette grand-messe quinquennale va consolider la stature du président chinois de 64 ans, qui règne sans partage sur la deuxième économie mondiale depuis 2012. Et s’il formait un jour avec le fondateur Mao Tsé-toung et le réformateur Deng Xiaoping la sainte trinité du communisme chinois?

Au-delà du sacre de l’empereur qui repart pour cinq ans supplémentaires à la tête du PCC – et donc de la nation –, ce 19e congrès vaudra surtout pour les questions de cuisine interne: quels proches le secrétaire général parviendra-t-il à placer parmi les principales instances du parti? En particulier aux sept sièges du comité permanent du Bureau politique, l’organe dirigeant (18-25 membres) du régime chinois, qui donne les orientations politiques du pays.

Il sera aussi question des ambitions de Xi Jinping pour 2022. Va-t-il désigner ses successeurs ou préparer le terrain – à la Poutine – pour un troisième mandat, au-delà des dix ans réglementaires autorisés par la Constitution du parti? «A la différence des congrès précédents où les futurs secrétaire général et premier ministre sont entrés au Bureau politique, il y a une vraie incertitude cette fois», observe François Bougon, auteur de «Dans la tête de Xi Jinping» (Ed. Solin/Actes Sud).

Une chose est sûre: ce grand raout qui réunira 2287 délégués à huis clos permettra de mesurer l’étendue du pouvoir de Xi Jinping. «Il va sortir de ce congrès plus fort que jamais», affirme Jean-Pierre Lehmann, professeur à l’Université de Hong Kong et professeur émérite à l’International Institute for Management Development (IMD), à Lausanne.

Charisme, culte de la personnalité, autoritarisme… Xi Jinping marche dans les pas de Mao. Il va même être l’égal du Grand Timonier dans la charte du PCC. Le congrès devrait y inscrire le concept de gouvernance de Xi Jinping aux côtés de la pensée de Mao et de la théorie de Deng Xiaoping. «La question est de savoir si son nom y sera accolé, ce qui montrerait son niveau de pouvoir», souligne François Bougon. Autre point commun: la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule personne. Xi Jinping règne sur toutes les institutions chinoises (parti, armée, sécurité nationale…).

De même, sa façon de faire le ménage autour de lui renvoie aux pires heures de la Révolution culturelle de 1969. Il a fait de la lutte anti-corruption un système de gouvernement qui lui a permis de se débarrasser de ses rivaux. En cinq ans plus de 100 000 membres du parti, dont près de 120 hauts fonctionnaires et une quinzaine de généraux, sont tombés. Il a même brisé un tabou en faisant condamner en 2015 Zhou Yongkang, un «intouchable», comme tous les anciens membres du comité permanent du Bureau politique.

Xi Jinping, un nouveau super Mao? «Non, car il n’est pas tout-puissant», réplique François Bougon. «Il est encore obligé de composer avec d’éventuelles oppositions, soit qu’elles proviennent d’une faction au sein du Parti, telle que la Ligue de la jeunesse, ou du mécontentement provoqué par la campagne anticorruption considérée comme trop dure.»

La Chine n’a jamais été aussi autoritaire depuis l’ère de Mao. Xi Jinping a serré la vis au niveau de la censure, de la sécurité, du recadrage politique et idéologique. La répression s’est abattue sur les ONG, médias, intellectuels, avocats dissidents et militants. Les vagues d’arrestations ont pris une ampleur inédite depuis 1989. «On peut parler d’autoritarisme mais pas de retour à la dictature», estime François Bougon. «Depuis la fin du mandat de Hu Jintao, son prédécesseur, marqué par des luttes de pouvoir féroces et une certaine libéralisation, on observe un retour de bâton. Les espaces de liberté se sont rétrécis.»

En 2021, le PCC (89 millions de membres) célébrera ses cent ans. L’apothéose pour l’idéologue Xi Jinping qui a réussi le pari de réformer le parti. «Le centenaire permettra de mettre en perspective le rôle messianique du PCC qui doit sauver le pays», souligne François Bougon. Jean-Pierre Lehmann abonde: «Depuis la déconfiture du PCC avant 2012, Xi Jinping a remis de l’ordre dans le parti. Il est plus discipliné, de même qu’il censure et contrôle davantage.»

Il faut dire que Xi Jinping a une peur bleue d’une chute à la soviétique. «Il se présente comme l’anti-Gorbatchev, bien décidé à ne pas renouveler l’erreur du Parti communiste avec sa politique de perestroïka et de glasnost», avance François Bougon. «C’est pourquoi il y a cette répression de la société civile, ainsi que ce contrôle de l’histoire et de l’idéologie culturelle.»

Entre la lutte anti-corruption et une fierté nationale réaffirmée, Xi Jinping a trouvé du soutien au sein de la population. «Une partie des habitants se reconnaît dans un pays devenu la deuxième économie mondiale et qui défend sa voie à l’extérieur», appuie François Bougon. «Mais il est difficile de mesurer dans un régime autoritaire le degré réel d’adhésion de la population au projet de ses dirigeants.»

Oncle Xi (Xi dada) n’en reste pas moins contesté au sein de la classe moyenne, assure Jean-Pierre Lehmann. Après la quantité, les dernières générations aspirent à la qualité. Nourries à la croissance économique, elles réclament une meilleure éducation, un système de santé performant, moins de pollution et plus de justice. «Les trentenaires chinois me disent leur ras-le-bol», insiste Jean-Pierre Lehmann. «Le PCC a été respecté parce qu’il assurait la croissance et des améliorations. Mais maintenant que cette croissance stagne, on ne peut s’attendre à une fidélité absolue.» C’est la hantise du parti: que sa grande réussite – la classe moyenne – se retourne contre son géniteur.


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Source : http://www.arcinfo.ch/articles/monde/la-marche-de-l-empereur-xi-709136

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